Qu’est-ce que la réglisse et où la trouve-t-on ?
La réglisse botanique, connue sous le nom scientifique de Glycyrrhiza glabra, est une plante vivace de la famille des Fabacées, originaire du sud de l’Europe et d’Asie occidentale. Ce sont ses racines qui sont utilisées en phytothérapie et dans l’industrie alimentaire, riches en un composé clé appelé glycyrrhizine, responsable de son goût sucré, jusqu’à 50 fois plus puissant que celui du sucre de table. C’est cette puissance naturelle qui en fait un édulcorant recherché, mais aussi une substance à surveiller de près.
On croise la réglisse bien plus souvent qu’on ne le pense. Elle n’est pas limitée aux bonbons noirs ou aux tisanes digestives. Elle se dissimule dans une grande variété de produits du quotidien : les boissons anisées comme le pastis ou l’Antésite, les glaces, biscuits, snacks salés, chocolats, bières brunes, certains dentifrices, médicaments, et même dans certaines préparations de tabac.
Parfois, elle est mentionnée dans les ingrédients, parfois non, d’où un risque d’accumulation insidieuse sans que le consommateur en ait conscience.
Testez vos connaissances sur la réglisse
Question 1 : Quel composé actif de la réglisse est responsable de ses effets sur la pression artérielle ?
Les bienfaits scientifiquement reconnus de la réglisse
Malgré ses risques en cas de surconsommation, la réglisse possède des propriétés médicinales indéniables, utilisées depuis des millénaires dans les traditions chinoise et ayurvédique. Ses applications sont multiples, notamment pour soulager certaines affections courantes de manière naturelle.
Sur le plan respiratoire, la réglisse joue un rôle d’apaisant grâce à ses effets antitussifs, expectorants et anti-inflammatoires. Elle forme un film protecteur sur les muqueuses de la gorge, atténuant l’irritation et calmant la toux sèche. Elle est souvent intégrée dans des sirops, pastilles ou sprays destinés aux maux de gorge, bronchites ou pharyngites, et certains professionnels la recommandent même dans certaines formes légères d’asthme.
En matière de digestion, la réglisse est une alliée précieuse. Elle aide à réguler l’acidité gastrique et à protéger la muqueuse stomacale, ce qui peut prévenir les ulcères duodénaux. Elle intervient également dans la réduction des ballonnements et des troubles liés aux gaz.
Des études montrent qu’elle pourrait même contribuer à combattre Helicobacter pylori, une bactérie fréquemment impliquée dans les ulcères gastriques.
On lui attribue aussi des effets hépatoprotecteurs, particulièrement utiles dans les cas d’hépatites chroniques, où elle aide à limiter l’inflammation du foie. Enfin, en application locale, la réglisse est utilisée dans des crèmes ou gargarismes pour apaiser l’eczéma, les démangeaisons cutanées, les aphtes ou les gingivites, profitant de ses vertus anti-inflammatoires et cicatrisantes.
Pourquoi la réglisse peut devenir dangereuse ?
Le principal danger de la réglisse réside dans l’action de la glycyrrhizine sur les hormones surrénales. Cette substance, une fois transformée dans l’intestin en acide glycyrrhétinique, bloque une enzyme essentielle à la dégradation du cortisol. Ce blocage entraîne une accumulation de cortisol, qui imite alors l’effet de l’aldostérone, une hormone régulatrice du sel et de l’eau.
Ce mécanisme, appelé pseudo-hyperaldostéronisme, provoque une rétention importante de sodium et d’eau, associée à une élimination excessive de potassium. Le résultat ? Une élévation de la pression artérielle et une hypokaliémie (manque de potassium), pouvant entraîner des symptômes comme des crampes musculaires, de la faiblesse, des palpitations ou des troubles du rythme cardiaque.
Dans les cas graves, cela peut aboutir à un accident vasculaire cérébral ou à une insuffisance cardiaque.
Un aspect particulièrement préoccupant est la persistance des effets, même après l’arrêt de la consommation. Selon les données disponibles, la normalisation de la tension et du taux de potassium peut prendre entre 2 et 6 mois, ce qui complique la prise en charge médicale.
Calculez votre apport quotidien en glycyrrhizine
Estimez votre consommation quotidienne à partir des produits que vous utilisez.
À partir de quelle quantité la réglisse devient-elle risquée ?
Il n’existe pas de seuil universel, car la sensibilité à la glycyrrhizine varie fortement d’un individu à l’autre. Cependant, des repères ont été établis. L’Anses recommande de ne pas dépasser 10 mg/j de glycyrrhizine en cas de consommation chronique, tandis que l’OMS et l’Union européenne fixent une limite supérieure de 100 mg/j pour la majorité de la population.
Des cas d’intoxication ont été documentés à des doses bien inférieures à 100 mg/j, parfois même à 20-30 mg sur plusieurs semaines. Par exemple, un verre de 20 cl de pastis sans alcool peut contenir jusqu’à 10 mg, un bonbon noir pur réglisse jusqu’à 10 mg, et 100 ml de sirop concentré jusqu’à 100 mg. Le risque augmente avec l’accumulation de plusieurs sources, comme une tisane le matin, des bonbons l’après-midi et un verre de pastis le soir.
Qui est le plus à risque ?
Certaines personnes sont particulièrement vulnérables. Les personnes âgées, dont le métabolisme est ralenti, les hypertendus, les femmes enceintes, les patients sous diurétiques ou souffrant d’insuffisance cardiaque ou rénale doivent être particulièrement vigilants. Les consommateurs réguliers de pastis sans alcool, souvent utilisés comme substitut à l’alcool, sont également exposés, car la boisson peut contenir jusqu’à 50 mg/L de glycyrrhizine.
Ce qui est frappant, c’est que des individus en bonne santé, sans antécédents, peuvent aussi développer des symptômes graves après une consommation prolongée.
Les signes d’une surconsommation de réglisse
Si vous consommez régulièrement des produits contenant de la réglisse, surveillez l’apparition de signes comme une hausse inexpliquée de la tension artérielle, des crampes musculaires, des palpitations, une rétention d’eau ou une faiblesse inhabituelle. Un bilan sanguin peut révéler une hypokaliémie et une alcalose métabolique, des marqueurs typiques de l’intoxication. Lorsque ces signes apparaissent, il est crucial d’arrêter toute consommation et de consulter un professionnel de santé.
Réglementation et mentions obligatoires sur les produits
Dans l’Union européenne, des règles strictes régissent l’étiquetage. La mention « contient de la réglisse » est obligatoire si la teneur dépasse 100 mg/kg (aliments) ou 10 mg/L (boissons). Un avertissement renforcé, adressé aux personnes hypertendues, est requis au-delà de 4 mg/g pour les confiseries et 50 mg/L pour les boissons non alcoolisées.
Cependant, l’Anses recommande d’étendre cet avertissement à tous les consommateurs, car le risque n’est pas limité aux seuls hypertendus.
Que disent les cas réels en France ?
Entre 2012 et 2021, l’Anses a analysé 520 cas d’exposition suspectée à la réglisse. Après vérification, 64 cas ont été confirmés comme graves. Parmi eux, 25 % étaient liés au pastis sans alcool, 23,4 % à l’Antésite, 12,5 % à des confiseries ou tisanes.
Un décès a été rapporté, lié à des troubles du rythme cardiaque, et un patient a gardé des séquelles d’un AVC. La majorité des cas ont nécessité une hospitalisation, mais les patients ont guéri après arrêt de la consommation et prise en charge médicale.
Bon à savoir
La réglisse déglycyrrhizée, disponible en compléments alimentaires, conserve certaines de ses vertus sans les risques cardiovasculaires. Elle est une alternative sûre pour profiter de ses effets digestifs ou respiratoires.
Comment consommer la réglisse en toute sécurité ?
Pour en tirer les bienfaits sans danger, plusieurs règles simples doivent être suivies. Limitez votre apport à 10 mg/j si la consommation est régulière. Évitez de consommer des produits contenant de la réglisse pendant plus de 6 semaines sans avis médical.
Ne cumulez pas les sources : pas de tisane, bonbons et pastis le même jour. Lisez attentivement les étiquettes et privilégiez la réglisse déglycyrrhizée dans les compléments. Enfin, consultez un professionnel de santé si vous êtes sous traitement ou si vous avez des antécédents cardiovasculaires.
En résumé : une plante à double visage
La réglisse n’est ni un ennemi, ni un remède miracle. C’est une plante médicinale puissante, aux effets bien réels mais qui exige respect et modération. Utilisée ponctuellement, elle peut apporter un réel soulagement pour la digestion, les voies respiratoires ou le stress.
Mais consommée sans précaution, elle devient un facteur de risque pour la tension et le cœur. En 2026, les données sont claires : mieux vaut connaître ses limites que d’en subir les conséquences. La clé ?
Lire les étiquettes, varier les sources et écouter son corps.
Questions fréquentes
La réglisse est-elle interdite en France ?
Non, la réglisse n’est pas interdite. Elle est autorisée dans de nombreux aliments et compléments, mais soumise à des règles d’étiquetage strictes pour informer les consommateurs sur les risques en cas de surconsommation.
Quels sont les symptômes d’une intoxication à la réglisse ?
Les symptômes incluent une élévation de la pression artérielle, des crampes musculaires, une faiblesse, des palpitations, une rétention d’eau et une baisse du taux de potassium dans le sang.
Combien de temps faut-il pour que les effets disparaissent après l’arrêt ?
La normalisation de la pression artérielle et du potassium peut prendre entre 2 et 6 mois après l’arrêt de la consommation, en raison de la persistance du composé actif dans l’organisme.
Peut-on consommer de la réglisse pendant la grossesse ?
Non, la consommation de réglisse est déconseillée pendant la grossesse en raison du risque d’effets tensionnels et hormonaux potentiels sur la mère et le fœtus.
Quelle est la différence entre réglisse et réglisse déglycyrrhizée ?
La réglisse déglycyrrhizée est une version traitée pour en retirer la glycyrrhizine. Elle conserve certaines vertus (digestives, anti-inflammatoires) sans les risques cardiovasculaires liés à la glycyrrhizine.
Les enfants peuvent-ils consommer de la réglisse ?
La consommation de réglisse est déconseillée chez les enfants, notamment dans les compléments alimentaires, en raison de leur sensibilité accrue aux effets de la glycyrrhizine.
Où trouve-t-on le plus de réglisse dans l’alimentation ?
Les principales sources sont les boissons anisées sans alcool (pastis, Antésite), les bonbons noirs, les tisanes digestives, certains compléments alimentaires, les bières brunes et certains produits à base de cacao.
Faut-il éviter tous les produits contenant de la réglisse ?
Non, il n’est pas nécessaire d’éviter tous les produits, mais il est crucial de limiter leur consommation, surtout si vous en utilisez plusieurs types, et de respecter les seuils de sécurité pour éviter l’accumulation.